Akhmatova 20 – Du jour où une personne meurt

Когда человек умирает,
Изменяются его портреты.
По-другому глаза глядят, и губы
Улыбаются другой улыбкой.
Я заметила это, вернувшись
С похорон одного поэта.
И с тех пор проверяла часто,
И моя догадка подтвердилась.

Du jour où une personne meurt,
Ses portraits entament une métamorphose.
Son regard est changé et sur ses lèvres
Flotte un sourire qui n’est plus le même.
J’ai fait cette observation en rentrant
Des obsèques d’un ami poète.
Et j’ai, depuis, souvent pu vérifier
La véracité de ma déduction.

Anna Akhmatova,
21 mai 1940

Pieds: 9/11/10/10/10/9/10/10
(original: 9/10/11/10/10/9/9/10)
Vers libres


Fidèle à l’original, j’ai respecté l’enjambement des vers 3/4, des vers 5/6 tout en rajoutant un aux vers 7/8, pour une raison de pieds.
Akhmatova joue d’allitérations aux vers 3 et 4 (глаза/глядят et улыбаются/улыбкой).
Mes allitérations à moi se font enjambantes et se trouvent aux vers 5/6 (observation/obsèques) et aux vers 7/8 (vérifier/véracité).


Quel défunt poète évoque ici Akhmatova ?
Parmi les poètes décédés en ce début d’année 1940, il y a Vilis Plūdons, Isaac Babel, Mikhaïl Boulgakov (à qui Akhmatova à rendu visite dans les derniers mois de sa vie, bravant l’interdiction de séjourner à Moscou qui la frappait alors), mais je doute qu’elle soit allée à leur funérailles.

Elle était en revanche en 1921 aux funérailles d’Alexandre Blok, « tragique ténor de son époque » selon ses mots (трагический тенор эпохи). D’elle également, ces vers sur sa visite au poète.


Des traductions qui s’entassent par manque de dessins… surtout par manque de temps et d’Inspiration pour les-dits dessins: retour à des illustrations plus sommaires et spontanées, petit carnet, trois couleurs au fil des trajets et des cahots ferroviaires.