Sur la route, de St. Gall à Bordeaux, mocktail à la pastèque avant un orage d’été à la gare routière de Lyon
The Ruck Bar, 345 Av. Jean Jaurès, 69007 Lyon, France
Sur la route, de Buchloe à Augsburg, Rhabarerschorle im Krug, après la chaleur, les cailloux et la poussière des bords de la Lech
Schwarze Kiste am Hochablass, Oberländer Str. 106b, 86163 Hochzoll, Deutschland
Sur la route, entre le Lechstausee Unterbergen et le Mandichosee, reconnaissance éternelle au Lochbach: retour à la vie dans une eau cristalline après une traversée du désert sur la rive gauche de la Lech (entre les Stufen 20 et 21), adoucie certes par un chêne étonnamment vert.
Une errance heureuse, présence vaporeuse, Laissant le centre à ceux qui se déplacent en bande, Tournant comme le temps dans le sens des aiguilles, Pour ajouter des perles au fil des jours de juin.
Bien plus de pas que huit ans plus tôt: itinéraire improvisé par un beau dimanche de juin, nach Lust und (gute) Laune…
Un poème de Jurga Ivanauskaite, trouvé sur son site internet (et traduit par DeepL):
À mon Ange Gardien
Je t’appelle seulement quand j’ai très mal, comme un petit enfant qui sait qu’il aura un bonbon s’il se claque le doigt. ………………………………………. Tu ne réponds jamais, tu ne tends ni la main ni le doigt, tu te contentes de me révéler qu’entre nous il n’y a aucun espace, pas même la plus infime fissure. ………………………… J’avance – Tu me suis, je n’ai pas encore commencé à reculer – et tu marches déjà à reculons, même une ombre pourrait T’envier pour Ta ténacité, Ta précision et Ta fidélité. …………………………. Au-delà des nuages – des tours penchées, sous terre – des ponts brûlés, Ange Gardien, nous volons là-bas, là où il nous est interdit d’être tous les deux.
J. Ivanauskaitė. Ode à la joie. – V., 2007, p. 109-108.
Vol pour Vilnius: parfait pour croquer des collègues.
D’après le calculateur Mobility-Impact, il faudrait 22h 22mn pour relier St. Gallen à Vilnius par train et bus, contre (2h 11mn en avion (calcul basé sur la distance entre deux points, sans tenir compte de l’existence ou non d’un aéroport dans chaque ville). 23,23 kg de CO2, contre (173,6 kg pour le trajet en avion).
J’en connais un qui aurait un sourire navré de mon peu de connaissances au sujet du Fliegende Holländer, bien qu’on l’ait joué ensemble et visionné tous (?) les Piraten der Karibik depuis notre canapé. Petite séance de rattrapage en 6 minutes: merci le Lego-Oper
Au lendemain de la Dernière, une petite dernière sur la route des vacances: Aida
Не дышали мы сонными маками И своей мы не знаем вины. Под какими же звездными знаками Мы на горе себе рождены ? И какое кромешное варево Поднесла нам январская тьма ? И какое незримое зарево Нас до света сводило с ума ?
11 января 1946
5.
Loin des effluves des pavots somnifères, Nous restons ignorants de nos torts. Sous quels signes, quels agencements stellaires Avons-nous par malheur vu le jour ? Et qu’était-ce que cet infâme brouet Montant des ténèbres de janvier ? Et quelle invisible lueur nous rendait Bien avant l’aube fous à lier ?
Anna Akhmatova 11 janvier 1946
Pieds: 11/9 (comme l’original !) Vers croisés
Dernier poème du cycle Cinque, et les deux premiers vers (sans compter la rime du quatrième) me donnent encore du fil à retordre. Quelle ironie de m’y remettre aujourd’hui, dans une chambre d’hôpital, en attendant qu’une infirmière amène de la morphine… je réalise en l’écrivant, que Morphine est la petite soeur de Morphée ?!
Dernière modification: lundi 18 mai à 20:37
Je reprends ce fil, là où je l’avais laissé… Quatre semaines ont passé, et je conjure la séparation à ma façon: en continuant à parler, rire, pleurer et vivre.
Знаешь сам, что я не буду славить Нашей встречи горчайший день. Что тебе на память оставить, Тень мою ? На что тебе тень ? Посвященье сожженной драмы, От которой и пепла нет, Или вышедший вдруг из рамы Новогодний страшный портрет ? Или слышимый еле-еле Звон березовых угольков, Или то, что мне не успели Досказать про чужую любовь ?
6 января 1946
4.
Tu le sais, je ne vais pas rendre gloire Au jour amer de notre rencontre. Que pourrais-je te laisser en mémoire, Mon ombre ? Que ferais-tu d’une ombre ? La dédicace d’un drame brûlé, Dont il ne reste pas une cendre, Ou, jaillissant de son cadre doré, L’horrible portrait de fin-décembre ? Le chuintement des braises de bouleau Si ténu qu’il faut tendre l’oreille, Ou, pour lesquels le temps nous fit défaut, Les mots de cet amour inofficiel ?
Anna Akhmatova 6 janvier 1946
Pieds: 10/9/10/9… 10/10 (original: 9/8/9/8…9/9) Vers croisés
Je ne sais plus qui disait que « traduire, c’est perdre ». Michel ou André ? En voici l’illustration frappante: alors qu’une rime sur deux de l’original est une rime riche, je suis déjà bien contente quand j’arrive à trouver des rimes bâtardes (ontre-ombre, endre-embre, eille-iel).
Traduire, c’est aussi adapter: le portrait de Nouvel-An s’est mué en portrait de fin-décembre, officiellement pour l’atmosphère de fête qui dans notre calendrier occidental tombe en décembre… officieusement, car mieux vaut une rime bâtarde que pas de rime du tout !
J’ai retourné dans tous les sens la dernière ligne de ce poème: les traductions allemandes et anglaises ne m’ont pas éclairée d’avantage, l’IA me fait un laïus psychologisant… j’espère que cet amour inofficiel est assez vague pour laisser les portes ouvertes !
Une promenade entre deux collines à travers la ville de Savone.
Colline de Priamar et sa Fortezza: au lieu de corbeaux comme à la Tour de Londres, la Forteresse de Priamar est habitée par des jeunes vêtus de noir ravis d’effrayer la quadra absorbée dans ses pinceaux.
Piazza Armando Diaz: au lieu d’un parc public comme à Frascati, c’est la place devant le théâtre (Teatro Dell’Opera Giocosa) qui est ombragée de chênes verts. Lieu parfait pour un pic-nic, avec fromagerie, charcuterie et primeur juste au coin sur la Via dei Mille. Un peu plus loin, le bar Diaz est idéal pour un café, voir pour l’apéro…
Colline de la Villetta et Convento dei Cappucini: au lieu de chercher une comparaison fumeuse, emprunter (ne pas oublier de la rendre au retour) la Via Montegrappa et la Via S. Francesco d’Assisi pour aller goûter au calme et au frais de la petite église des Capucins.
Pour un retour brutal dans les réalités du monde terrestre, une dernière trinité de choses à voir avant de reprendre le train: – suivre la Via Pietro Paleocapa jusqu’au port pour voir les gros bâteaux de croisières et autres ferrys. – sur la Piazza Goffredo Mameli, écouter à 18:00 les 21 coups de cloche du Monumento ai Caduti. – admirer (de loin) l’architecture brutaliste du Tribunale di Savona.
Я не любила с давних дней, Чтобы меня жалели, А с каплей жалости твоей Иду, как с солнцем в теле. Вот отчего вокруг заря. Иду я, чудеса творя, Вот отчего!
3.
Depuis toujours j’avais détesté Que l’on me plaigne: quelle horreur! Mais une goutte de ta pitié Et je vais, le soleil au cœur. Voilà pourquoi l’aurore s’éveille. Et moi qui vais, faisant des merveilles, Voilà pourquoi!
Et moi qui vais, faisant des miracles… mais ne trouvant pas de rime à miracle Et je vais, comme une magicienne… mais ne tirant de mon chapeau aucune rime à magicienne Et je vais, comme une enchanteresse… mais n’ayant pas de formule à faire rimer avec enchanteresse Et moi qui vais, faisant des merveilles… ce sera pour le moment la seule option qui tienne la route !
Истлевают звуки в эфире, И заря притворилась тьмой. В навсегда онемевшем мире Два лишь голоса: твой и мой. И под ветер незримых Ладог, Сквозь почти колокольный звон, В легкий блеск перекрестных радуг Разговор ночной превращен.
2.
L’obscurité a remplacé le jour, Montant dans l’éther, les bruits s’éteignent. Et dans ce monde engourdi pour toujours Plus que deux voix: la tienne et la mienne. Sous le vent du lointain lac Ladoga, Tintant comme au sortir d’un clocher, Nos discussions nocturnes ont pris l’éclat De deux arc-en-ciels entrecroisés.
Anna Akhmatova 20 décembre 1945
Pieds: 10/9 (original: 9/8) Vers croisés
La première nuit à Varazze, je me suis relevée pour croquer en vitesse cette énorme lune orange, frissonnant sur le balcon dans la nuit. Orion était au dessus de nos têtes et aussi quelque part en chemin vers la lune.
Так отторгнутые от земли, Высоко мы, как звезды, шли.
Ни отчаянья, ни стыда Ни теперь, ни потом, ни тогда.
Но живого и наяву, Слышишь ты, как тебя зову.
И ту дверь, что ты приоткрыл, Мне захлопнуть не хватит сил.
26 ноября 1945
Comme d’une éclaircie dans un ciel gris, Je me souviens de ce que tu as dit,
Tes nuits, à l’écoute de mes discours, Sont devenues plus claires que des jours.
Tels des étoiles, arrachés à la terre, Nous nous baladions là-haut dans l’éther.
Ni désespoir, ni honte, ni remords Ni maintenant, ni demain, ni alors.
Car tu es bien vivant et bien réel, Tu entends comme d’ici je t’appelle.
Et la porte que tu as entrebâillée, Je n’ai pas la force de la claquer.
Anna Akhmatova 26 novembre 1945
Pieds: 10 (11 pour le 11ème vers) (original: 8 (9 pour le 5ème et le 8ème vers) Vers: xx / yy / zz …
Как у облака на краю, littéralement comme au bord d’un nuage: je suivais d’abord le doigt et voyais le nuage. Mais au bord d’un nuage, il y a une éclaircie… en attendant d’écrire un livre de sagesse et de développement personnel, je glisse cela au premier vers.
Les pieds des vers 7 et 8 chaussaient tellement parfaitement du 10 que j’ai voulu m’en servir comme point de référence. Au final, j’aurais plutôt dû en faire l’exception (comme Akhmatova au vers 5 et 8), et viser une pointure en-dessous (9). Pour un prochain essai…
Je profite de notre séjour à Varazze pour accompagner Cinque de dessins italiens.
Et d’ailleurs, pourquoi un titre en italien pour ce cycle de poèmes ? Parce que Пять (Pyat) aurait sonné plat et plump (lourdaud, en allemand) ? En hommage à leurs déambulations dans la Venise du nord, le long de palais baroques conçus par Rastrelli, et passant probablement par la Rue Italyanskaïa ?
За веру твою ! И за верность мою ! За то, что с тобою мы в этом краю ! Пускай навсегда заколдованы мы, Но не было в мире прекрасней зимы, И не было в небе узорней крестов, Воздушней цепочек, длиннее мостов… За то, что все плыло, беззвучно скользя. За то, что нам видеть друг друга нельзя, За все, что мне снитьсяущу и теперь, Хоть прочно туда заколочена дверь.
Encore un toast
À ta foi sans faille ! Et à ma fidélité ! À nos deux chemins, qui vinrent ici se croiser ! Faites que pour toujours le sortilège opère… Mais on ne vit plus, de ce jour, si bel hiver, On ne vit plus au ciel de croix plus ciselées, De chaînes si légères, de pont plus élancés… Buvons à ce que tout voguait, glissait sans bruit, À ce que se revoir ne nous est pas permis. Et à tout ce dont je rêve encore à présent, Bien que la porte soit fermée solidement.
Anna Akhmatova 1963
Pieds: 12 (12 et demi au vers 6…) (original: 11) Vers: xx/yy
Ce poème fut l’occasion de réviser les subtiles nuances de l’aspect des verbes, en l’occurrence après le mot нельзя: techniquement, le se voir du vers 8 est impossible, et non interdit. Pratiquement, l’impossibilité découle ici d’une interdiction morale dues aux pressions de l’époque (remises au goût du jour). Permis, cela adouci le côté bureaucratique de l’interdiction et surtout, cela m’arrange pour la rime…
Encore un toast conclut Le Trèfle de Moscou (Трилистник московский), après Presque dans l’album (Почти в альбом) et Sans titre (Без названия). Honte à moi, mais je vient seulement de saisir: trois feuilles, trois poèmes…
J’utilise ce dessin, fait d’une traite à la main gauche, comme « lorem ipsum iconographique » en préparant mes articles. Pour une fois, il ne disparaîtra pas au final ! Comme il s’agit de faux latin, je me permets ici d’ajouter un h: lorem hipsum… c’est en tout cas un type qui n’a pas su écouter la propagande (ou qui esquisse son geste de refus un peu tard).