Akhmatova 24 – Encore un toast !

Еще тост

За веру твою ! И за верность мою !
За то, что с тобою мы в этом краю !
Пускай навсегда заколдованы мы,
Но не было в мире прекрасней зимы,
И не было в небе узорней крестов,
Воздушней цепочек, длиннее мостов…
За то, что все плыло, беззвучно скользя.
За то, что нам видеть друг друга нельзя,
За все, что мне снитьсяущу и теперь,
Хоть прочно туда заколочена дверь.

Encore un toast

À ta foi sans faille ! Et à ma fidélité !
À nos chemins, s’étant ici-même croisés !
Faites que pour toujours le sortilège opère…
Mais on ne vit plus, de ce jour, si bel hiver,
On ne vit plus au ciel de croix plus ciselées,
De chaînes si légères, de pont plus élancés…
Buvons à ce que tout voguait, glissait sans bruit,
Et à ce que se voir nous était interdit.
À tout ce dont je rêve encore maintenant
Bien que la porte soit fermée solidement.

1963

Pieds: 12 (12 et demi au vers 6…)
(original: 11)
Vers: xx/yy


Ce poème fut l’occasion de réviser les subtiles nuances de l’aspect des verbes, en l’occurrence après le mot нельзя: techniquement, le se voir du vers 8 est impossible, et non interdit. Pratiquement, l’impossibilité découle ici d’une interdiction morale dues aux pressions de l’époque (remises au goût du jour). Et surtout, ça m’arrange pour la rime…

Encore un toast conclut Le Trèfle de Moscou (Трилистник московский), après Presque dans l’album (Почти в альбом) et Sans titre (Без названия). Honte à moi, mais je vient seulement de saisir: trois feuilles, trois poèmes…


J’utilise ce dessin, fait d’une traite à la main gauche, comme « lorem ipsum iconographique » en préparant mes articles. Pour une fois, il ne disparaîtra pas au final !
Comme il s’agit de faux latin, je me permets ici d’ajouter un h: lorem hipsum… c’est en tout cas un type qui n’a pas su écouter la propagande (ou qui esquisse son geste de refus un peu tard).

Akhmatova 23 – Presque dans l’album

Почти в альбом

Услышишь гром и вспомнишь обо мне,
Подумаешь: она грозы желала…
Полоска неба будет твердо-алой,
А сердце будет как тогда – в огне.
Случится это в тот московский день,
Когда я город навсегда покину
И устремлюсь к желанному притину,
Свою меж вас еще оставив тень.

Presque dans l’album

Au son du tonnerre tu penseras à moi,
Tu te diras: et elle qui désirait l’orage…
Une bande écarlate luira sous les nuages,
Et ton cœur s’enflammera tout comme autrefois.
Car oui, il arrivera ce jour à Moscou,
Ce jour qui me verra quitter la ville à jamais
Pour filer vers l’apothéose dont je rêvais,
En ne laissant plus que mon ombre parmi vous.

Anna Akhmatova,
<1961>

Pieds: 12/13/13/12
(original: 10/11/11/10)
Vers: xyyx


Presque dans l’album: ce dessin n’y prétend pas. La première nuit à Varazze, je me suis relevée pour croquer en vitesse cette énorme lune orange, frissonnant sur le balcon dans la nuit. Orion était au dessus de nos têtes et aussi quelque part en chemin vers la lune.