Я не любила с давних дней, Чтобы меня жалели, А с каплей жалости твоей Иду, как с солнцем в теле. Вот отчего вокруг заря. Иду я, чудеса творя, Вот отчего!
Depuis toujours j’avais détesté Que l’on me plaigne: quelle horreur! Mais une goutte de ta pitié Et je vais, le soleil au cœur. Voilà pourquoi l’aurore s’éveille. Et moi qui vais, faisant des merveilles, Voilà pourquoi!
Et moi qui vais, faisant des miracles… mais ne trouvant pas de rime à miracle Et je vais, comme une magicienne… mais ne tirant pas de mon chapeau une rime à magicienne Et je vais, comme une enchanteresse… mais n’ayant pas de formule à faire rimer avec enchanteresse Et moi qui vais, faisant des merveilles… ce sera pour le moment la seule option qui tienne la route !
Истлевают звуки в эфире, И заря притворилась тьмой. В навсегда онемевшем мире Два лишь голоса: твой и мой. И под ветер незримых Ладог, Сквозь почти колокольный звон, В легкий блеск перекрестных радуг Разговор ночной превращен.
2.
L’obscurité a remplacé le jour, Montant dans l’éther, les bruits s’éteignent. Et dans ce monde engourdi pour toujours Plus que deux voix: la tienne et la mienne. Sous le vent du lointain lac Ladoga, Tintant comme au sortir d’un clocher, Nos discussions nocturnes ont pris l’éclat De deux arc-en-ciels entrecroisés.
Anna Akhmatova 20 décembre 1945
Pieds: 10/9 (original: 9/8) Vers croisés
La première nuit à Varazze, je me suis relevée pour croquer en vitesse cette énorme lune orange, frissonnant sur le balcon dans la nuit. Orion était au dessus de nos têtes et aussi quelque part en chemin vers la lune.
Так отторгнутые от земли, Высоко мы, как звезды, шли.
Ни отчаянья, ни стыда Ни теперь, ни потом, ни тогда.
Но живого и наяву, Слышишь ты, как тебя зову.
И ту дверь, что ты приоткрыл, Мне захлопнуть не хватит сил.
26 ноября 1945
Comme d’une éclaircie dans un ciel gris, Je me souviens de ce que tu as dit,
Tes nuits, à l’écoute de mes discours, Sont devenues plus claires que des jours.
Tels des étoiles, arrachés à la terre, Nous nous baladions là-haut dans l’éther.
Ni désespoir, ni honte, ni remords Ni maintenant, ni demain, ni alors.
Car tu es bien vivant et bien réel, Tu entends comme d’ici je t’appelle.
Et la porte que tu as entrebâillée, Je n’ai pas la force de la claquer.
Anna Akhmatova 26 novembre 1945
Pieds: 10 (11 pour le 11ème vers) (original: 8 (9 pour le 5ème et le 8ème vers) Vers: xx / yy / zz …
Как у облака на краю, littéralement comme au bord d’un nuage: je suivais d’abord le doigt et voyais le nuage. Mais au bord d’un nuage, il y a une éclaircie… en attendant d’écrire un livre de sagesse et de développement personnel, je glisse cela au premier vers.
Les pieds des vers 7 et 8 chaussaient tellement parfaitement du 10 que j’ai voulu m’en servir comme point de référence. Au final, j’aurais plutôt dû en faire l’exception (comme Akhmatova au vers 5 et 8), et viser une pointure en-dessous (9). Pour un prochain essai…
Je profite de notre séjour à Varazze pour accompagner Cinque de dessins italiens.
Et d’ailleurs, pourquoi un titre en italien pour ce cycle de poèmes ? Parce que Пять (Pyat) aurait sonné plat et plump (lourdaud, en allemand) ? En hommage à leurs déambulations dans la Venise du nord, le long de palais baroques conçus par Rastrelli, et passant probablement par la Rue Italyanskaïa ?
Услышишь гром и вспомнишь обо мне, Подумаешь: она грозы желала… Полоска неба будет твердо-алой, А сердце будет как тогда – в огне. Случится это в тот московский день, Когда я город навсегда покину И устремлюсь к желанному притину, Свою меж вас еще оставив тень.
Presque dans l’album
Au son du tonnerre tu penseras à moi, Tu te diras: et elle qui désirait l’orage… Une bande écarlate luira sous les nuages, Et ton cœur s’enflammera tout comme autrefois. Car oui, il arrivera ce jour à Moscou, Ce jour qui me verra quitter la ville à jamais Pour filer vers l’apothéose dont je rêvais, En ne laissant plus que mon ombre parmi vous.
Autoportrait d’un reflet dans la fenêtre du balcon, à Varazze… bizarrement, j’ai pris les traits de notre logeuse. Sur la table, des galettes: 200 g de mozzarella râpée, 200 g de cottage cheese (ou ricotta), 2 œufs, sel, beaucoup d’ail en poudre. Tout mélanger, former 12 tas sur une plaque, enfourner pour 20 minutes à 200°.
Когда погребают эпоху, Надгробный псалом не звучит, Крапиве, чертополоху Украсить ее предстоит. И только могильщики лихо Работают. Дело не ждет! И тихо, так, Господи, тихо, Что слышно, как время идет. А после она выплывает, Как труп на весенней реке, – Но матери сын не узнает, И внук отвернется в тоске. И клонятся головы ниже, Как маятник, ходит луна. Так вот – над погибшим Парижем Такая теперь тишина.
Année 1940
Quand c’est une époque que l’on enterre, Aucune oraison ne retentit, C’est l’ortie et le chardon amer Qui fleuriront la tombe où elle gît. Et seuls s’échinent les fossoyeurs, Vaillants. Car le devoir n’attend pas! Lourd, si lourd est le silence, Seigneur, Qu’on entend le temps avancer au pas. Mais viendra le jour où, de la rivière, Comme un noyé elle émergera, Le fils ne reconnaîtra pas sa mère, Le petit-fils se détournera. La lune passe comme un balancier Sur les têtes baissées des passants. Car dans les rues de Paris sacrifié Le silence est le maître à présent.
Anna Akhmatova 5 août 1940
Pieds: 10/9/9/10, 9/9/10/10 puis 10/9/10/9 (original: 9/8/8/9 puis 9/8/9/8)
Dilemme aux vers 5 et 8: casser les pieds ou renoncer à l’allitération seuls s’échinent les fossoyeurs ? Pour rééquilibrer le pieds manquant du vers 5, le temps du vers 8 avance au pas, au lieu de marcher au pas: un peu moins d’esprit militaire, même si le Paris ville ouverte de 1940 n’en manquait sûrement pas.
Le dessin du jour: derniers rayons de soleil sur le Sex rouge et les rochers de la Marchande
Среди морозной праздничной Москвы, Где протекает наше расставанье И где, наверное, прочтете вы Прощальных песен первое изданье – Немного удивленные глаза: «Что? Что? Уже? Не может быть! » –«Конечно!.. » И святочного неба бирюза, И все кругом блаженно и безгрешно… Нет, так не расставался никогда Никто ни с кем, и это нам награда За подвиг наш.
Sans titre
Dans Moscou parée de glace pour les Fêtes, Là où s’éternise notre séparation Et là où, sans doute, vous lirez ces lettres, Ces chansons d’adieu dans leur première édition- Les yeux un peu étonnés, balbutiant: «Quoi? Quoi? Déjà? C’est impossible!» – «Évidemment!.. » Sous ce ciel de Noël turquoise et doré, Tout, autour, respirant la joie et l’innocence… Non, jamais personne ne s’est séparé Sous de tels auspices, telle est la récompense De nos exploits.
Un poème où Noël est en toile de fond, il fallait le poser ici aujourd’hui. Pas de Moscou sous le givre, pas envie de voir d’affreux rubans orange et noir en guise de décorations: à la place, la vue sur la Tête Ronde, esquissée en vitesse cet après-midi.
Quand à cette traduction… je ne sais pas de qui elle se sépare, ni de quel exploit elle parle au dernier vers. Alors je flotte dans ce doux potage, où les « et » remplacent des verbes qui n’arriveront pas, et me raccroche à ce brave croûton briseur de rythme (exploit ou bravoure, mon choix n’est pas encore arrêté).
Et comme c’est Noël, voici en cadeau deux fins alternatives:
Dans pareil décor, la voilà la récompense De notre bravoure.
Dans ces conditions, la voilà la récompense Pour notre bravoure.
Masque en tissu pour le visage, acupression malencontreuse sur le front (fauteuil d’hôtel aussi implacable qu’un bœuf musqué), doses massives de têtes sucrées protéinées et chocolatées, cure de sommeil.
215 marches entre Kreuzackerstrasse et Schorenstrasse (un des rares escaliers qui ne se contente pas d’arriver au sommet, mais englobe les deux versants de la colline)
à voir: un lointain cousin du Monolithe d’Expo 02 (pas sûre de son pedigree…) à la hauteur de la Dufourstrasse.
à faire: tester et comparer les places de jeu sur les deux versants de la colline. Côté ville (Furglerstrasse, à gauche en montant): balançoires puis structure de jeu avec toboggan (il y a également des bancs un peu plus loin). Côté campagne (Schorenstrasse, 60 mètres sur la droite au bas de la descente): terrain de foot, place de jeu spacieuse et même une petite piscine (ou devrais-je dire bain populaire).
à faire bis: aller manger le midi au restaurant Stadtblick ou y boire un verre en terrasse avant 16h pour profiter de la vue.
à faire ter: boire un verre à la Militärkantine, et y dessiner un mercredi soir sur deux
Pour ceux qui voudraient voir un authentique morceau du Monolithe de Jean Nouvel en Suisse orientale, il faut se rendre à la Cabane dans le parc du Schloss Wartegg.
Pour les amateurs de dissertations sociologiques, urbanistiques et architecturales: rédigez un essai (30’000 signes) sur les différences entre les habitations de la Furglerstrasse (propriété de la caisse de pension St.Galloise, aux airs de logements de fonction pour cadres du TAF) et celles de la coopérative d’habitation de Schoren (Eisenbahner Baugenossenschaft St. Gallen: à la base, coopérative d’habitation des cheminots et employés du chemin de fer).
à voir: à la hauteur de la Dufourstrasse, à droite en montant, se trouve le Huberpärkli. Outre le buste du compositeur Paul Huber, il y a un petit monument à Ferdinand Huber, compositeur lui aussi mais apparemment sans lien de parenté. Au printemps, les magnolias y sont en fleur. Et en tout temps, la vue sur la vieille ville se dessine entre les maisons.
à faire: une fois atteint le sommet des escaliers, prendre sur la droite et se détendre sur la grande prairie ou sous l’arbre majestueux de la Kinderfestwiese.